La question de l'approvisionnement et du prix de l'eau est devenue un enjeu national, de nombreuses municipalités et communautés de communes choisissant le retour à une régie publique qui permet un abaissement des coûts et une meilleure maîtrise des élus et usagers sur ce bien commun. D'autres choisissent la solution d'adhérer à un vaste syndicat permettant des économies d'échelle associées à une mutualisationdes coûts et dont la démarche est celle d'un service public. D'autres encore confient la distribution de l'eau à une entreprise privée en Délégation de Service Public (DSP). C'est ce dernier choix qu'ont fait les élus du sud de l'Aisne en confiant cette délégation à Véolia pour un contrat de 12 ans qui se termine en mars 2013. Cette entreprise multinationale a enregistré en 2011 un chiffre d'affaires de 29,6 milliards d'euros (dont 43% viennent du secteur eau), versant à ses actionnaires des dividendes qui leur assurent une rente de plus de 8%. Ses objectifs clairement fixés sont d'augmenter le chiffre d'affaires de 3% par an dans les prochaines années. On est donc bien loin d'une logique de service public et on comprend que faire baisser le prix de l'eau n'est pas au centre des préoccupations de cette entreprise qui est par ailleurs soupçonnée, comme ses "concurrentes" , Suez et Saur, d'entente illicite, la Commission européenne ayant engagé à leur encontre une "procédure formelle en matière d'entente et de position dominante".

bonne_eauDans le sud de l'Aisne les choix sont faits par l'USESA (Union des Services d'Eau Sud de l'Aisne), regroupant 103 communes (10 territoires) pour la distribution d'eau potable. Des réunions territoriales sans aucun pouvoir délibératif ont lieu mais c'est le Comité syndical de 34 membres délégués des communes qui prend les décisions. Depuis 2009 existe un Comité d'usagers de 31 membres. Mais ce schéma semble bien théorique et la réalité paraît plus opaque; la démocratie, devant en principe être exercée au sein de ces institutions, apparaît toute relative. Ainsi, pour examiner la question du choix à faire avant mars 2013 les délégués se sont vus proposer une alternative toute simple: une régie publique dont il serait démontré que le coût et les risques seraient insupportables ou bien la reconduction de la délégation à Véolia, seule solution possible. Aucune autre solution n'a été envisagée comme le rattachement à un plus gros syndicat, par exemple. Autre manifestation du fonctionnement "surprenant" de l'USESA : le document ayant pour titre "Rapport annuel sur le prix et la qualité du service d'eau potable. Exercice 2011" proposé au vote des délégués porte sur la page de couverture la mention "Adopté par le Comité Syndical de l'Usesa en réunion du 02 octobre 2012", imprimée donc largement avant la réunion au cours de laquelle les délégués devaient, ou non, approuver ce rapport... C'est loin d'être anecdotique et en dit long sur le rôle de ce "Comité Syndical" qui se révèle n'être que la chambre d'enregistrement des décisions du président. D'ailleurs nombre de membres de ce comité ont sans doute renoncé à y participer compte tenu du nombre d'absents aux réunions (13 sur 34 le 2 octobre). Le "Comité d'usagers" quant à lui ne semble pas fonctionner ou alors est bien discret...

Le programme du Front de Gauche rappelle que l'eau est un bien commun de première nécessité et qu'il est indispensable d'aller vers un service public de l'eau, encadré par des lois nationales revues et corrigées, contrôlé par les élus, les usagers, les associations environnementales. Il s'agit de justice sociale mais aussi de démocratie, les citoyens ne veulent pas être tenus à l'écart des décisions qui les concernent.

Mireille Ausécache