Lors de l'émission "Mots croisés" de lundi 7 janvier, notre ministre du budget ne nous a pas surpris par le ton hautain et coutumier de "celui qui sait" mais par 2 affirmations-informations à méditer. Première annonce surprenante: la grande "réforme fiscale" envisagée serait terminée... Ah bon, c'était donc ça le changement? Commencer d'urgence par refiscaliser les heures supplémentaires alors même que les salaires, à commencer par les plus bas, ne sont absolument pas revalorisés; poursuivre le blocage des barêmes des tranches d'imposition initié par Sarkozy ce qui accroît le nombre de foyers soumis à l'impôt; annoncer une tranche d'imposition à 75% pour les très hauts revenus dont de nombreux experts s'accordaient à penser qu'elle serait repoussée par le Conseil Constitutionnel; proclamer une taxation identique pour les revenus du capital et ceux du travail alors que rien n'est fait pour contrer l'évasion fiscale... Ce n'est qu'un aperçu de la "réforme"... pour le "changement" en matière de justice fiscale, il nous faudra attendre!!

Deuxième annonce du ministre d'un gouvernement socialiste : "la lutte des classes, je n'y ai jamais cru". Alors là bravo, on comprend mieux ce qui précède. Pourquoi une justice fiscale s'il n'y a pas de classes sociales aux intérêts divergents, si tout le monde a les mêmes chances de s'en sortir par son talent, son mérite...? On est tout de même un peu surpris par le vocabulaire employé par quelqu'un qui se targue de précision et d'exactitude techniques, de réalisme  dans ses propos en matière de budget: ainsi la lutte des classes serait une "croyance"! Qu'en pensent les ouvriers sacrifiés par L. Mittal? Et ceux qui voient les rémunérations des patrons et des actionnaires atteindre des sommets alors que leur pouvoir d'achat s'effondre? Et ceux qui constatent qu'un plan de licenciement correspond bien souvent à une hausse des actions de la société qui "dégraisse"? Et ceux à qui l'on ose proposer des baisses de salaire contre une "promesse" de ne pas délocaliser...? Si cela ne relève pas de la lutte des classes, cela y ressemble fort, non?

Monsieur le Ministre, dans quel monde vivez-vous? Il faut sortir de votre bulle: selon un récent sondage IFOP, une majorité de Français (64%) estime que la lutte des classes est bien une réalité. Citons un fin connaisseur de cette réalité, le milliardaire américain Warren Buffet qui a déclaré: "Il y a une guerre des classes, c'est un fait, mais c'est ma classe, la classes des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner". La lutte des classes existe bien, nous sommes nombreux à l'avoir rencontrée et à nous engager pour la construction d'une autre société fondée sur les valeurs humaines et la justice sociale.

Mireille Ausécache

P.S aux dernières nouvelles, le taux de rémunération du livret A devrait passer de 2,25 à 1,75%... C'est peut-être cela "faire payer le capital"...