Lus dans le "Canard Enchaîné" du 22 août (p.2) ces propos attribués à J.M. Ayrault: après s'être félicité de "ne pas avoir lâché des circonscriptions au Front de Gauche", il aurait déclaré "Imaginez dans quelle situation on serait aujourd'hui si on avait besoin des votes des députés du Front de Gauche pour faire passer les textes, voire le budget; ce serait délicat et très compliqué". L'expression de joie de Bruno Le Roux (élu depuis président du groupe socialiste à l'Assemblée Nationale) à l'annonce de la défaite de J.L. Mélenchon le 10 juin (documentaire de Serge Moati) disait déjà la même chose. Il fallait donc éliminer les empêcheurs de voter en rond, ceux qui pourraient s'indigner par exemple du nombre de promesses du candidat Hollande déjà bien mises à mal (en priorité le pacte européen), de la politique menée par le ministre de l'Intérieur bien dans la continuité de celles de ses prédécesseurs et saluée par le Figaro, de l'attention touchante portée aux états d'âme du patronat tandis que la colère gronde du côté des salariés licenciés...

Où est la volonté de ce changement tant annoncé qui a permis la victoire de F. Hollande et suscité l'espoir chez nombre d'électeurs? Certainement pas dans cette majorité écrasante de députés disciplinés prêts à voter toutes les lois proposées par le gouvernement. De plus, les quelques voix qui osent s'élever tant chez les Ecologistes que dans "l'aile gauche " du PS se font vite rappeler à l'ordre et, bien sûr, le tout petit groupe des députés du Front de gauche, malgré toute l'activité parlementaire déployée ne pourra pas seul inverser la tendance. Les calculs visant à éliminer les contradicteurs semblent donc avoir abouti... Faux! Faux en ce qui concerne le Front de Gauche: nos députés n'auront de cesse de faire entendre leur voix et surtout, ils seront relayés et soutenus par tous ceux qui se sont rassemblés avec enthousiasme sur le programme "L'Humain d'abord" et qui n'ont pas baissé les bras après l'élection de la nouvelle majorité. Faux également, semble-t-il, pour certains élus telle M. Claude Marchand, conseillère régionale du Nord-Pas-de-Calais qui a décidé de quitté le groupe PS du Conseil Régional pour celui du Front de Gauche du fait de son désaccord sur le traité européen (L'Humanité, 30 août, p. 4) .

Le changement en profondeur qu'une majorité de Français attendent impatiemment est indispensable, vital: la droite et l'extrême-droite, toutes deux en embuscade, se réjouissent bruyamment de la baisse de popularité du président et du gouvernement... Pas nous, car un échec de cette nouvelle majorité à redresser la situation économique et sociale du pays serait une catastrophe lourde de conséquences. Le Front de Gauche n'est pas dans l'opposition mais entend bien jouer un rôle accru dans le débat politique, être porteur de propositions allant dans le sens d'un véritable changement de cap et surtout être au coeur des actions en faveur de tous ceux qui souffrent de la politique libérale et qui veulent que cela cesse! Cela risque de devenir "délicat et très compliqué" Mr. Ayrault...

Mireille Ausécache